1. Etat des installations
électriques dans le logement en France
a. Etudes et estimations
La proportion d’installations électriques vétustes
ou inadaptées est préoccupante
Les installations électriques de près de la moitié
des logements anciens, soit 7 millions de logements, ne répondent
plus aujourd’hui aux règles élémentaires
de sécurité.
2,3 millions d’entre-elles sont même « particulièrement
dangereuses ».
Contrôles et attestations de conformité ne sont obligatoires
que pour les installations neuves ou entièrement rénovées
Depuis 1972, les installations électriques neuves sont
soumises à un contrôle et une attestation de conformité.
Cette mesure instituée par les pouvoirs publics a été
étendue en 2001 aux installations électriques des logements
entièrement rénovés. Cependant, les installations
électriques des 16 millions de logements construits avant 1972
ne font l’objet d’aucune mesure réglementaire de
contrôle. On peut aussi s’interroger sur l’état
des installations électriques dans les logements construits à
partir de 1972 : selon les professionnels de la sécurité
électrique, une installation sur laquelle aucune modification
n’a été opérée depuis 30 ans peut
être considérée comme vétuste.
Incendies et accidents d’origine électrique : des statistiques
alarmantes
Les installations électriques sont responsables d’une
proportion importante des incendies domestiques. Les sources disponibles,
intégrant la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris (BSPP), situent
entre 25 % et 34 % la part des incendies domestiques qui sont d’origine
électrique.
Les études d’accidentologie indiquent pour leur part que
l’état dégradé des installations électriques
est à la source de nombreux accidents. Elles permettent de situer
aux environs de 100 le nombre de décès annuels dus à
une électrocution, et à environ 4 000 celui des électrisations
graves entraînant souvent des handicaps à long terme et
des séquelles esthétiques.
b. Problème de la vétusté
Une proportion alarmante de logements équipés
d’installations électriques vétustes
L’étude publiée en 1998 par l’ (ONSE)
fait référence en France, sur l’état des
installations électriques domestiques.
Les données établies par l’ONSE indiquent en premier
lieu que, parmi les 16 millions de logements de plus de 30 ans en France,
46 % ne répondent plus aux règles de sécurité.
Ce sont donc un peu plus de 7 millions de logements qui sont équipés
d’installations électriques présentant des risques.
L’ONSE précise d’autre part que, parmi ces 7 millions
de logements, 2,3 millions sont équipés d’installations
« particulièrement dangereuses ».
Cette étude de référence est à rapprocher
des deux avis successifs qui ont été publiés par
la (CSC) en
1987, puis récemment en décembre 2003. La CSC déclarait
ainsi en 1987 que 40 % des installations électriques dans le
logement (neuf et ancien) étaient « non conformes aux règles
de sécurité et souvent dangereuses pour les personnes
et les biens ». La CSC confirmait ce chiffre dans un avis de décembre
2003 dans lequel elle déplorait « les 40 % d’installations
électriques non conformes à la réglementation ».
Les professionnels de la sécurité électrique considèrent
par ailleurs que, au bout de trente ans, même dans des conditions
d’utilisation normales, une installation électrique présente
très probablement des dangers liés à l’usure
si aucune opération d’entretien n’a été
effectuée depuis sa mise en place. Ainsi, chaque année,
ce sont au moins 300 000 installations électriques domestiques
qui viennent s’ajouter à celles dont on considère
qu’elles présentent des risques.
La sécurité intrinsèque des installations
électriques est souvent affectée par ces vétustés.
Dans le cadre d’une expérimentation menée en 2002,
l’organisme
a établi une typologie des risques constatés par des professionnels
de la sécurité électrique. Sur 100 logements à
risques, uniques ou multiples, on relève ainsi :
- 67 % de logements dont la mise à la terre de l’installation
n’est pas conforme,
- 51 % de salles de bains possédant des matériels interdits
par la réglementation,
- 50 % de logements équipés de prises de courant avec
dispositifs de connexion à la terre, n’étant pas
reliées à la terre,
- 30 % de logements ayant des conducteurs totalement ou partiellement
dénudés ou ayant au moins un isolant dégradé.
c. Conclusions
Sensibiliser le public : une urgence face à un phénomène
qui s’amplifie avec le temps.
Le comportement de chaque utilisateur face à « son »
installation électrique renvoie aux habitudes et modes de vie
de tout un chacun. Des enquêtes menées par les organismes
de promotion de la sécurité électrique ont révélé
que la proportion des individus jugeant que leur installation électrique
est sécurisée est l’inverse de celle indiquée
par les professionnels de la sécurité électrique.
L’information et la prise de conscience sont donc au cœur
de cette problématique de sécurité domestique.
2. Incendies et accidents domestiques d’origine électrique
La sécurité des installations électriques en milieu
domestique concerne deux grands types d’accidents :
- les incendies qui trouvent leur origine dans un incident d’origine
électrique ;
- les accidents directement liés à un contact électrique
(
ou
).
À ce jour, il n’existe pas d’outil
statistique spécifiquement adapté à l’identification
des incendies et des accidents d’origine électrique en
milieu domestique. L’absence d’un tel outil explique sans
aucun doute le faible niveau d’information et de prise de conscience
de la part du grand public.
Les travaux effectués par le GRESEL ont cependant
permis d’identifier et de regrouper des études et des estimations
qui indiquent toutes des proportions inquiétantes d’origine
électrique dans les incendies et les accidents domestiques. Ces
études et estimations ont pour origine des professionnels de
la sécurité domestique comme la Brigade des Sapeurs Pompiers
de Paris (BSPP) ou bien des organismes spécialisés dans
la sécurité des personnes et des biens comme le Centre
National de Prévention et de Protection (CNPP).
a. Incendies
La Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris (BSPP) évalue «
à au moins un tiers » la proportion des incendies d’origine
électrique dans la totalité des incendies domestiques
sur lesquels elle intervient. Le bureau des études statistiques
de la BSPP précise aussi que « la proportion des incendies
domestiques dans l’habitat privé est de plus en plus importante
parmi l’ensemble des incendies dans les lieux clos. Cela s’explique
par le développement des normes et des mesures réglementaires
qui touchent de plus en plus de lieux clos, mais qui ne concernent pas
l’habitat privé existant ».
Le Centre Européen de Prévention des Risques (CEPR) situe,
quant à lui, à 34 % la part des incendies d’origine
électrique dans la totalité des incendies domestiques.
Le Centre National de Prévention et de Protection (CNPP), organisme
lié aux compagnies d’assurance, note l’absence d’outil
statistique pour évaluer la part des incendies d’origine
électrique. Cependant, les estimations qu’il a pu relever
jusqu’à présent « situent le plus souvent
entre 25 et 30 % la proportion des incendies domestiques qui sont d’origine
électrique ».
b. Accidents
L’étude du cabinet ALC
Dans une étude de 1997, effectuée par le cabinet ALC agissant
pour le compte d’EDF-GDF et de l’ (ONSE),
le chiffre d’environ 90 décès annuels au plan national
à la suite de chocs électriques domestiques était
avancé.
L’étude met en cause plusieurs éléments des
installations électriques :
- Les éléments fixes de l’installation (fils
électriques, prises, appareillages), à l’origine
de 46 % des accidents ;
- Les éléments alimentés par l’installation
(appareils, matériels et ustensiles divers), à l’origine
de 54 % des accidents.
Ce second chiffre englobe de nombreux cas dans lesquels il faut considérer
la responsabilité indirecte de l’installation électrique.
L’absence ou l’obsolescence de l’appareillage de mise
en sécurité automatique (disjoncteur, fusibles) et des
dispositifs de mise à la terre, ne permettent pas d’éviter
l’accident.
Les statistiques du Centre Européen de Prévention des
Risques (CEPR)
Le CEPR relève une centaine de décès par électrocution
en milieu domestique ainsi que 4 000 victimes annuelles d’électrisation,
dont un millier d’enfants. Le CEPR souligne que ces chocs électriques
sont à considérer sérieusement car les brûlures
causées par l'électrisation entraînent souvent des
handicaps à long terme et des séquelles esthétiques.
L’enquête EHLASS
Les statistiques présentées par l’enquête
EHLASS (European Home and Leisure Accident Surveillance System) de 1994
portent sur 67 décès par électrocution en milieu
domestique en 1993. Ce nombre ne représente cependant qu’une
partie des décès par électrocution en milieu domestique
puisqu’il ne porte que sur les cas relevés par les services
d’urgence. Outre la prévention, l’information et
la conscience du danger sont bien au cœur de la problématique,
puisque l’enquête révèle que 40 % de ces décès
(37) concernent des enfants entre 0 et 9 ans (22 décès
d’enfants entre 0 et 4 ans, 15 décès d’enfants
entre 5 et 9 ans).
L’enquête « Accidents de la Vie Courante »
de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM)
Cette enquête réalisée par 28 Caisses Primaires d’Assurance Maladie
de 1987 à 1995, avance le chiffre de 13 800 accidents de personnes liés
à l’électricité chaque année.
Les statistiques de l’INSERM – service SC8
La statistique nationale des causes médicales de décès, élaborée tous
les ans en collaboration avec l’INSEE, fait ressortir une moyenne annuelle
de 96 décès liés à une électrocution sur la période 1979-1999.
3. Réglementation sur la sécurité des installations
électriques
a.
Dans le domaine de la sécurité électrique, il existe
une norme,
la NF C 15-100, qui définit très précisément
les règles techniques à respecter pour une installation
électrique neuve ou entièrement rénovée.
L’insertion de cette norme dans la réglementation juridique
s’est effectuée de manière ponctuelle, au cas par
cas, en fonction du type de logement ou de la qualité de ses
occupants (propriétaire ou locataire).
b. Les règles juridiques
Sécurité et construction des logements
• Arrêté du 22 octobre 1969 : la norme NF C 15-100
est rendue obligatoire. Tous les logements neufs doivent donc être
conformes à cette norme. Concrètement, cela signifie
que l’installation électrique de tout logement neuf doit
être conforme à la norme en vigueur au moment du dépôt
du permis de construire.
• Décret n°72-1120 du 14 décembre 1972 :
avant toute mise sous tension, le distributeur d’énergie
doit se voir remettre par l’installateur une attestation de
conformité visée par le
. Le texte prévoit également que la rénovation
totale de l’installation doit être effectuée selon
les normes en vigueur (la NF C 15-100).
Sécurité et occupation des logements
En dehors des règles relatives à la mise en place des
installations électriques, le propriétaire n’est
soumis à aucune règle contraignante une fois qu’il
occupe son logement.
En revanche, s’il met le logement en location, la loi lui impose
certaines obligations vis-à-vis de son locataire.
• Art. 187 de la Loi n°2000-1208 du 13 décembre
2000, relative à la Solidarité et au Renouvellement
urbain : l’obligation pour le bailleur de délivrer un
logement décent au locataire est généralisée
à tous les types de baux d’habitation.
• Décret n°2002-120 du 30 janvier 2002, relatif
aux caractéristiques du logement décent : l’installation
électrique doit être conforme aux normes de sécurité
définies par les lois et règlements et être en
bon état d’usage. Concrètement cela signifie,
d’une part, que le locataire ne peut pas exiger du bailleur
une installation aux normes en vigueur au moment où il rentre
dans le logement mais que, d’autre part, il peut engager un
recours contre le bailleur si l’installation n’assure
pas sa sécurité.
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